εὐχήν
Mes pensées, dans un grand vase...
Et tout d’un coup… le ciel sous mes pieds.
La vague s’élance, tel un fauve qui veillait.
Le sage le sait, on ne se prend pas pour un dieu.
A trop me vanter des réponses de Venus à mes voeux,
A trop lutter contre Morphée et défier la lame de la faux
A se croire le héraut de Mercure et le défenseur de Clio,
Ai-je eu raison d’oser croire que je pouvais vivre
Entre un monde et l’autre et garder le choix libre ?
Je voudrais tellement dormir, ne jamais me réveiller…
La seule pensée de ceux que j’aime m’ouvre les yeux ici-bas
La simple ambition de l’avenir me donne un sens à exister.
J’ai cru que le printemps était là, que le froid était derrière moi
Mais les doutes, ces spectres du passé, ne nous quittent jamais.
Ils sont les envoyés d’Hécate pour me rappeler, comme derrière le roi
Dans le char du triomphateur, l’esclave murmure à son oreille,
Que je suis mortel et que je ne peux prétendre à ce que je ne suis pas.
J’ai cru avoir appris que n’être rien était pire que la mort sans éveil…
Je me dis maintenant qu’à force de vouloir compter pour l’autre,
Je me perds moi-même et perdrai la raison qui est vôtre…
Telebinu doit-il dormir et attendre l’été prochain loin d’ici ?
Dois-je encore, bercé de rage et d’illusions déçues,
Quitter l’un et l’autre monde pour celui de l’oubli ?
Pourrais-je un jour me défaire de ces hantises d’indécis,
Être normal, d’un seul monde ? Ce n’est pas ce que j’ai choisi…
J’avais conscience de faire le choix du sacrifice et de la peine
Il faut que je me batte encore et toujours contre moi-même.
Comment faire pour que les pensées ne se fanent pas ?
Car j’ai une douce frayeur, qui se nourrit à ces eaux-là…
Y a-t-il moyen de changer en restant soi ?
Je n’ai sans doute jamais connu le bonheur qui est miens
Peut-être n’en connaîtrais-je pas de meilleur…
Comme un trésor, un deuxième trésor, au goût de j’y reviens
Il s’est lové dans un écrin de peines, d’horreurs.
La peur qui est mienne de me tromper, toujours,
D’avoir commis l’erreur, le mauvais choix, l’irréparable
Peines et engagements divers, qui m’obsèdent chaque jour
Pour me lier, m’enserrer, captivant, étouffant l’insaisissable
Tel je veux me croire, mais construire un personnage n’est pas aisé.
On lui met un nom, un visage, on le métamorphose si besoin est…
Ca, sans problème, j’y parviens facilement. Mais construire
Son histoire… Ah l’Histoire, les histoires, mon histoire…
Rien qu’une rime à broyer aux yeux voilés de l’avenir.
Trébucher serait plonger à coup de clavier dans l’abattoir
Mais nul souci privilégié, au regard de la mort et du néant
Qui tous nous attirent, nous entraînant là où tout est fin
Et commencement. Douce Hécate, tu le devais, je comprends
Mais tu me manques, tu nous manques… Je sens le chagrin
Je sens venir l’ombre qui étreint. Que de soupirs derniers,
Alors que l’air que j’expire me paraît fade et épuisé…
Toute la fatigue que j’accumule doit me rendre plus fort
Ainsi l’ai-je décidé. Mais tout dépend de ce que les Frères
Ont accepté.
Je poursuis mes pensées, je les conserve, les imprime à mon corps
Je poursuis ma métamorphose, défend mon être, et redonnerai à l’air
Un goût de reviens-y…